Notre actu

Tout le monde en parle

La tech au cœur de la machine

Julien Mangeard

Si son ADN reste profondément commercial, vente-privee a vu ces dernières années son centre de gravité se déplacer vers la tech. Au point de sceller un mariage prometteur entre ces deux mondes. En ligne de mire la volonté de construire une plateforme mondiale. Explications avec son CTO.

Ce qui fonde aussi le succès de vente-privee, c’est d’avoir réussi à rassembler tous les métiers à un même endroit. C’est un tour de force qui a permis à tous les collaborateurs d’apprendre ensemble le métier d’e-commerçant. Est-ce que c’est toujours une force aujourd’hui ?

En 1996 quand Jacques-Antoine Granjon rachète les anciennes imprimeries du journal Le Monde – où il y a au milieu du bâtiment deux énormes « trous » sur deux étages –un de ses associés lui déconseille à l’époque : "ça ne pourra jamais nous servir d’entrepôt !". Lui répond : "On va transformer cet endroit en bureau." Dès le début, il a une vision très long terme de l’avenir de vente-privee et son organisation autour de la force commerciale. En quinze ans, l’entreprise a grossi de façon exponentielle. Les métiers se sont "silotés". Ils ont évolué. Depuis deux ans, vente-privee a muté. Son ADN reste profondément commercial mais son centre de gravité s’est déplacé vers la Tech. Aujourd’hui, notre défi consiste à sceller le mariage entre ces deux mondes. Et cela passe par la cohésion des collaborateurs.

Autrement dit il faut remettre la tech au cœur de la machine vente-privee et casser les silos en mettant par exemple un geek à côté d’un commercial ?

C’est l’idée. On veut rapprocher les gens et que les techniciens accompagnent le plus possible les collaborateurs dans leur quotidien.

C’est ce virage amorcé par la boîte qui t’a motivé à accepter ce poste de CTO ?

J’aime les challenges (sourire). Le premier est organisationnel. Le second est technique. La réussite des deux va permettre de repenser les métiers avec des nouveaux outils. vente-privee doit gagner en agilité et permettre à ses collaborateurs de réinventer leurs métiers grâce à la Tech. C’est certes la clé de la productivité mais c’est surtout celle de l’épanouissement pour les équipes.

Et aujourd’hui, tu t’éclates dans ton job ?

J’ai un poste à responsabilité où le management prend le pas sur la programmation. C’est un choix assumé. Et je ne suis pas arrivé là par hasard. Lors de mes toutes premières expériences professionnelles, j’ai souvent été frustré. Je ne pouvais pas faire ce que je voulais. Il y avait toujours une personne quelque part au-dessus de moi qui m’empêchait d’accomplir ce que je considérais comme profondément logique. Alors, j’ai gravi les échelons avec la volonté de pouvoir faire ce que je voulais et surtout cette promesse que je me suis faite de toujours donner à mes collaborateurs les moyens de travailler dans de bonnes conditions.

Ça veut dire quoi : "Donner aux collaborateurs les moyens de travailler dans de bonnes conditions" ? Cela implique de révolutionner le système d’information de vente-privee ?

Non. C’est être capable de porter une vision assez standard sur la marché. Aujourd’hui, le SI de vente-privee ressemble à un gros monolithe avec des bases de données extrêmement centrales qui font fonctionner beaucoup d’applications. La difficulté c’est que toutes les briques du SI sont intrinsèquement liées. Résultat quand tu touches à une application du bloc, tu prends le risque de créer des effets de bord un peu partout. Avoir un gros monolithe sur lequel le moindre incident a des impacts globaux, ce n’est plus une bonne pratique sur le marché. Il faut donc prendre un virage et mettre en place des architectures que l’on appelle en service ou même en micro-service. L’idée étant de découper le SI en petits domaines fonctionnels cohérents et de développer des applications indépendantes les unes des autres couvrant ces domaines fonctionnels. Au lieu d’avoir un gros monolithe, il y a plein de petites briques qui fonctionnent indépendamment les unes des autres. Si tu dois en changer une à cause d’une panne, le problème est alors extrêmement localisé. Donc tu as besoin de beaucoup moins de monde pour le résoudre et le problème est plus facile à comprendre. Et puis quand tu fais une modification sur cette brique, tu as moins de chance d’avoir un impact global sur le SI.